Lycée Gerville Réache

Sexisme

par Chjara Benedetti

jeudi 16 mai 2019 par CDI

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Nous vous invitons à lire le texte de Chjara Benedetti, élève en Seconde au Lycée Gerville Réache. Un cri du cœur contre le sexisme.

SEXISME

C’est étrange les genres lorsque j’y pense. Je comprends l’explication biologique sur la différence des corps. Après tout, la survie de notre espèce dépend de l’union de deux êtres. La science me semble rationnelle et logique mais la mentalité de nos sociétés m’échappe. Qu’il y ait plusieurs milliers d’années, les « mâles » se soient considérés plus forts, plus intelligents (en d’autres termes tout simplement : mieux), que les « femelles ». Le fait qu’ils se soient par conséquent sentis légitimement supérieurs à elles, ressemble comiquement à une mauvaise blague. Mais la réalité n’est pas comique, l’est-elle ?

Concentrons-nous sur la mauvaise blague ; une sorte de caméra cachée, de « prank », ou même une mise en scène. Essayons d’imaginer pendant une fraction de seconde que tout ceci ne fut qu’une grande farce. La servitude féminine n’est que le simple gage d’un pari perdu, le rabaissement social une plaisanterie amusante d’un groupe d’amis qui rigolent, le mariage forcé n’est que le dragueur lourd mais gentil de la bande, le viol un jeu de mains sans conséquences, la violence conjugale une claque amicale dans le dos, l’interdiction à l’éducation un complot enfantin innocent, le sexisme une affaire de point de vue et l’excision un bizutage. Essayons pendant une fraction de seconde. Faisons-le ensemble, voulez-vous ? Tendons à ne pas blâmer, mais à comprendre nos chers frères, nos chers pères, nos cousins, nos oncles, nos grands-pères et tous nos ancêtres avant eux. Ouvrons notre esprit à cette possibilité. Voyez-vous, j’ai parfois espéré que les mentalités soient différentes. Mais la réalité m’a rattrapée. Finalement, la tortue n’a pas gagné la course, le lièvre courait trop vite et le chemin était plus court que ce que l’on croyait. Enfant, je ne voyais pas la différence. J’avais entendu parler des problèmes que rencontraient les femmes dans la vie de tous les jours et dans le monde, mais ces rumeurs n’étaient que science-fiction, un écho lointain que je connaissais mais ne comprenais pas. Les enfants ne voient pas de différences, parfois ils ne cherchent tout simplement pas de différences. Du moins, ce n’était pas mon cas. Puis nous avons grandi et nous avons découvert la vision des adultes, ou plutôt la vision que la société nous a imposée. Je connaissais les problèmes que rencontraient les femmes, je connaissais les tortures mentales et physiques que beaucoup subissent mais je n’avais jusqu’alors jamais pensé aux conséquences qu’ont ces actes. J’ai découvert la peur, la colère, la mort, la crainte, l’abandon, la honte, le suicide, le mensonge et le fait que tout cela soit normal ainsi que commun. J’ai voulu donner mon avis, dire ce que je pensais, exprimer ma surprise. Mais on m’a pris de haut, on m’a parlé pour m’apprendre à accepter que c’est la vie, qu’elle n’est facile pour personne mais que c’est comme ça. On m’a fait comprendre que j’étais dans cette case, que j’en faisais partie. C’était choquant de passer de spectatrice à actrice de cette réalité. Moi qui pensais être quelqu’un, on m’a fait comprendre que j’étais une fille.


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