Lycée Gerville Réache

Architecture & patrimoine

vendredi 27 février 2015 par Administrateur du site

Divers documents (plans, actes notariés, récits) nous permettent de faire l’historique de l’occupation de la parcelle sur laquelle nous évoluons quotidiennement. Cette parcelle a pour nomenclature le N° 382 et l’appellation Lycée Gerville-Réache sur la section A1 du plan cadastral de Basse-Terre. Elle est délimitée : A l’ouest par la rue Amédée Fengarol (ancienne rue du fort) Au nord par la rue Martin Luther King (ancienne rue de la Martinique) A l’est par la rue Dugommier (ancienne rue de l’Arsenal) Au sud par la rue Saint-Ignace

EN 1651, LE GOUVENEUR CHARLES HOUEL INSTALLE LES CARMES « … a été résolu de faire la présente fondation par mon dit seigneur gouverneur, d’un couvent de religieux de l’Ordre de la bienheureuse vierge Marie du Mont Carmel, à ses fins avons retenu le révérend Père Joseph de Saint-Claude… Je Charles Houel tant en mon nom que de Messire Jean de Boisseret seigneur propriétaire par indivis des dites îles donne par les présentes la propriété et possession de l’église commandés à nos frais et dépens. En outre un espace de terre suffisant pour y être bâti un couvent à nos frais pour la résidence de quatre religieux avec jardin ou verger… » Extrait du contrat du 6 mars 1651. Charles Houël est le seigneur propriétaire de l’île (avec de Boisseret), il est aussi le gouverneur pour le roi (louis XIV) depuis 1643. Depuis le début de la colonisation (1635), les jacobins ou dominicains ont la charge des âmes pour cette île, le gouverneur Houël entre en conflit avec ces religieux et pour les écarter il charge par contrat les carmes des fonctions curiales pour le bourg de la Basse-Terre. Les carmes étaient déjà installés à Saint-Christophe (Saint-Kitts). A cette date (1651), le bourg de la Basse-Terre se développe autour de la place d’armes, actuelle place des carmes. Charles Houël achète une parcelle à la périphérie du bourg et en fait don aux carmes. Un autre bourg se développe rapidement au-delà de la Rivière aux Herbes, le bourg de Saint-François. Le bourg de la Basse-Terre devient alors la paroisse de Carmel, origine du nom de notre quartier. L’acte de vente de 1651 montre que Charles Houël achète une parcelle agricole « …partie en bois debout et partie en terres défrichées plantées en vivres… » • En 1635, la parcelle était boisée. • En 1651, elle est en partie défrichée et porte des cultures vivrières dans sa partie basse. A la demande du supérieur de l’ordre, un inventaire est établi en 1682, il décrit la parcelle que nous repérons aisément sur le plan de Basse Terre de 1682. La parcelle a 120 pas de largeur sur la Rue du Fort, on distingue successivement : la maison que Houël a fait bâtir, le jardin et verger, la savane. Dans son ouvrage « Voyages aux îles de l’Amérique », le Père Labat rapporte que le couvent a été brûlé en 1703 par les anglais. Le bâtiment qui le remplace est plus important et la structuration de la parcelle est modifiée. Un second inventaire conservé aux archives établi en 1773 à la demande de l’intendant des îles, décrit les bâtiments et l’organisation de la parcelle. Informations qui correspondent à ce que l’on observe sur le plan de Basse-Terre en 1787. Basse-Terre a pris de l’importance, le couvent est au cœur de la ville. La parcelle a été progressivement réduite aux dimensions actuelles. Elle est bien individualisée par les rues que nous empruntons quotidiennement aujourd’hui. Le nouveau bâtiment a été construit en maçonnerie, en retrait par rapport à la rue du Fort (au niveau du bureau du Proviseur) dont il est séparé par une cour. Derrière les bâtiments se trouve le jardin, le fond de la parcelle étant planté en herbes de Guinée. Le couvent est approvisionné en eau par une canalisation qui prend naissance dans la ravine de l’Espérance, elle traverse toute la parcelle, contourne le bâtiment principal et débouche sur la rue du Fort. Actuellement nous ne pouvons rien observer des bâtiments du XVIIe et du XVIIIe siècle qui ont dû être rasés lors de la construction de l’hôpital militaire.

1819-1821 : L’ADMINISTRATION FAIT CONSTRUIRE L’HOPITAL MILITAIRE La tourmente révolutionnaire provoque le départ des Carmes, la parcelle revient au domaine public. L’ancien hôpital de la Charité, tenu par un ordre religieux disparaît lui aussi, quant à l’hôpital militaire, il fut brûlé en 1794. Basse-Terre n’a plus de structures sanitaires nécessaires à une ville de son importance, l’administration décide le 31 mars 1819, d’ériger un nouvel Hôpital Militaire sur l’emplacement de l’ancien couvent. Voici le texte de la plaque commémorative : LOUIS XVIII Roi de France et de Navarre Hôpital Militaire de Saint-Louis Erigé en 1820 sous le Gouvernement de son Excellence Antoine-Philippe, Comte de Lardenoy, Lieutenant Général des Armées du Roi, Chevalier des ordres Royaux et Militaire de Saint-Louis et de la Légion d’honneur, Chevalier Grand’Croix de l’ordre des S.S. Maurice et Lazare, de Sardaigne, Gouverneur et Administrateur pour le roi, de la Guadeloupe et Dépendances etc ; Monsieur Siméon Roustagnenq, Chevalier des ordres Royaux et Militaires de Saint-Louis et de la Légion d’honneur, Commissaire-Général de la Marine, ordonnateur. Le nom de l’Hôpital est choisi en l’honneur du roi Louis XVIII. Une cérémonie a eu lieu sur le terrain avec pose de la première pierre par le gouverneur le 24 août 1819, veille de la Saint-Louis. Le 10 juillet 1821, l’édifice achevé accueille les malades au cours d’une cérémonie grandiose. La « Gazette Officielle de la Guadeloupe » du 20 juillet 1821 décrit de façon détaillée l’édifice et les différents moments de la cérémonie. Une copie du plan de masse de la construction datée du 18 juin 1819 existe dans l’établissement. Elle a été encadrée et fixée sur le mur des bureaux de l’intendance. Le second document montre ce qui a été préservé de la construction de 1821 le mur d’enceinte. le bâtiment central (les deux bassins de la cour intérieure ont été comblés). l’allée en pierres au pied de l’escalier et les deux petits bassins ont été cimentés pour faciliter le passage des véhicules. Le terre-plein est intact, le bassin à droite en entrant a été cimenté, le bassin à gauche est plus proche de son état d’origine, la structure en pierre est visible (les bâtiments qui limitaient ce terre-plein ont été remplacés par des constructions modernes). L’allée joignant le terre-plein au portail est intacte. Le logement du portier, le corps de garde, le logement de l’infirmier major, le magasin des pompes à incendie et le portail ont été classés monument historique en 1979. L’énigme du portail Le portail est repérable dans sa forme actuelle sur un plan d’urbanisme de ville de 1766 ou 1768 présenté au gouverneur NOLIVOS. Sur le plan de Basse-Terre de 1783, il n’apparaît pas. Que ceux qui consultent des documents sur la période 1783 à 1819 soient attentifs, des travaux ont pu être réalisés entre ces deux dates.

Le bâtiment central . L’hôpital est un bâtiment simple dans sa forme classique : un corps de bâtiment en façade avec deux ailes d’équerre. La cour intérieure est un terre-plein limité dans la partie ouverte par un mur de terrasse. On y accède par un escalier qui perce le mur en son milieu. Une symétrie harmonieuse pour cette construction s’élevant de deux niveaux au-dessus de la cour. L’ensemble n’était pas dépourvu d’élégance pour le regard des malades qui occupaient des salles ayant toutes une vue sur cette cour intérieure. Le bâtiment construit en pierres de taille et en maçonnerie supporte une charpente de bois qui devait à l’origine être couverte en essentes du nord. La tôle offrant une meilleure garantie contre l’incendie a remplacé les essentes deux ou trois décennies plus tard. Cette partie du bâtiment était traditionnelle, le reste de l’édifice présente par contre une innovation architecturale dans le choix des matériaux utilisés. L’architecture métallique de fonte a été utilisée pour la galerie qui ouvre le bâtiment sur la cour intérieure. Les architectes de Guadeloupe suivent l’évolution technique, l’architecture de fer est une nouveauté en Europe à cette date. La fonte permet la fabrication d’éléments moulés, ces éléments fabriqués en série ont l’inconvénient de la monotonie mais l’avantage d’un prix de revient qui diminue. La fonte a aussi l’avantage de la résistance au feu et de la facilité de l’entretien. Les colonnes et les gardes corps sont des éléments moulés fabriqués dans les ateliers de la marine à Nantes. La chapelle située derrière le bâtiment au niveau du palier de l’escalier conduisant au réfectoire, était tout en métal : poutres pour la structure, plaques pour les murs et boulons pour la liaison. Bâtiments publics et constructions privées utilisent fréquemment par la suite cette architecture (Lycée Carnot et Musée Saint-John Perse à Pointe-à-Pitre, Camp Jacob à Saint-Claude, Maison Zévalos au Moule…). Le réseau de canalisations est important , les petits canaux sont ouverts, l’eau circule partout apportant la fraîcheur. Les bassins jouent le même rôle et sont des réserves pour la végétation lors du carême. On avait le souci de rendre le cadre agréable pour réconforter le malade, rassurer le visiteur et charmer ceux qui y travaillaient. L’inscription tombale : Marie-Anne DEVERNE Mère Adélaïde Supérieure principale des sœurs de St. Paul de Chartres à la Guadeloupe décédée le 14 janvier 1870 à l’âge de 65 ans emportant les regrets de la colonie à laquelle elle a consacré 44 années de son existence. Priez pour elle De 1905 à nos jours : l’Hôtel du Gouvernement et le lycée Dans la nuit du 20 au 21 juillet 1905, un incendie détruit partiellement l’hôtel du gouvernement et le bâtiment du conseil privé. Les bureaux du Secrétariat Général sont installés dans l’ancien hôpital militaire, le bâtiment étant disponible depuis la construction du nouvel hôpital militaire du Camp Jacob à Saint-Claude (1894). Le bâtiment principal devient le centre administratif de la colonie puis du département jusqu’au déplacement de 1947.

Lycée Gerville-Réache . 1er octobre 1950 Cet établissement scolaire est tout d’abord une annexe du lycée Carnot, elle a été installée à la caserne d’Orléans (derrière la préfecture) en 1931. Pour cette première rentrée, il accueillait 26 élèves… Les effectifs augmentant rapidement, il devint lycée et ces locaux devinrent insuffisants. L’emplacement du « Vieux Gouvernement » étant devenu disponible, le lycée s’y installa. La parcelle agricole du départ a abrité tour à tour ceux qui avaient la charge des âmes, ceux qui soignaient les corps, ceux qui dirigeaient les hommes avant de devenir un lieu de culture. En ces lieux, le lycée prospère, il poursuit une dynamique qui conduit à l’essaimage du cycle primaire, du 1er cycle du secondaire, du LEP et à l’accueil des classes post-baccalauréat. Le séjour de l’administration et l’installation du lycée ont été l’origine de transformations dans le bâtiment que nous appelons désormais « le Fer à Cheval », afin de répondre aux besoins ; La cour intérieure a été goudronnée, les bassins comblés Les contrevents ont disparu, il ne reste que les gonds. Des casquettes en tôle les ont remplacé Les salles ont été divisées Les accès à l’étage ont été modifiés Des portes, des fenêtres furent murées, des ouvertures modifiées et fermées par des croisillons en ciment ou des cadres en aluminium Les sols des galeries, des salles ne sont plus d’origine, de même que les faux plafonds La pierre de taille a souvent été enduite La charpente en bois nécessite une surveillance constante, le remplacement des tôles a été l’occasion d’un traitement du bois, mais les termites repartent toujours à l’assaut Ces nombreux aménagements n’ont toutefois affecté que l’intérieur du bâtiment, la structure en pierre, en métal et sa charpente sont encore intactes. L’édifice conserve son apparence originelle et il mérite tout autant que le portail, d’être classé monument historique. Le patrimoine qui n’est pas en façade de rue ne mérite-t-il pas d’être préservé surtout quand il est fréquenté quotidiennement par une population de jeunes ? Ce classement aurait l’avantage de conduire au démarrage de travaux qui redonneraient à l’extérieur du bâtiment son aspect initial


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